
AFRICANA 2024 — Diplomatie et Souveraineté Monétaire en Afrique
Pour sa troisième édition, AFRICANA s'est emparé d'un sujet aussi fondamental que complexe : la souveraineté monétaire du continent africain à l'heure de la mondialisation. Une thématique au croisement de l'économie, de la géopolitique et de l'avenir des peuples africains.
La question posée
L'Afrique est devenue une cible privilégiée des investissements directs étrangers. Chine, États-Unis, Europe, Moyen-Orient — les capitaux affluent de toutes parts. Mais à quelles conditions, et avec quelles conséquences sur le long terme ? Entre opportunités de développement et risques de dépendance, entre financement des infrastructures et érosion de la souveraineté, l'AFRICANA 2024 a ouvert le débat sans détour.
La souveraineté monétaire — la capacité d'un pays à contrôler sa propre monnaie et à décider de la manière dont elle est utilisée — est un levier essentiel de toute politique économique. Pourtant, pour de nombreux pays africains, cette souveraineté reste entravée par des héritages historiques, des mécanismes financiers internationaux et des accords de prêt dont les termes posent question
Ce qui a été débattu
Les échanges se sont articulés autour de trois axes majeurs.
Le premier a posé le contexte. En quelques décennies, l'Afrique est passée d'un rôle mineur dans les échanges financiers mondiaux à un continent courtisé par les investisseurs internationaux. Des agences de notation financière ont vu le jour sur le continent, portées par l'ambition de proposer une lecture africaine du risque pays, là où seules les grandes agences occidentales dictaient jusqu'alors les évaluations. Les intervenants ont permis à l'audience de mesurer l'ampleur de cette transformation et les défis qui l'accompagnent.
Le deuxième axe a abordé frontalement la question des investissements étrangers et du néocolonialisme. L'argent est un vecteur de pouvoir — et les exemples concrets ne manquent pas. Des clauses de prêt qui empiètent sur la souveraineté des États, comme dans le cas de l'aéroport international d'Entebbe en Ouganda. Des infrastructures financées par des capitaux étrangers mais rendues inaccessibles aux populations locales par des tarifs prohibitifs, comme l'autoroute Nord-Sud en Jamaïque. Des ressources naturelles extraites sous contrôle étranger depuis des décennies, notamment en République démocratique du Congo. La question était posée sans ambiguïté : cet afflux de capitaux est-il un levier ou un frein à l'émancipation des pays africains ?
Le troisième axe s'est tourné vers l'avenir, en interrogeant la capacité des pays africains à devenir pleinement acteurs de leur propre développement. Quels atouts le continent possède-t-il pour créer une réelle dynamique de pouvoir et sortir d'une logique de dépendance ? Quel rôle pour les diasporas, dont les transferts de fonds — estimés à 49 milliards de dollars en 2021 — dépassent souvent l'aide au développement ? Comment le développement des marchés de capitaux locaux et la régionalisation monétaire pourraient-ils contribuer à une souveraineté financière réelle ? Et comment la jeunesse africaine, par son changement de mentalité et son engagement, peut-elle être un moteur de cette transformation ?
Les débats ont aussi mis en lumière un paradoxe soulevé par plusieurs voix du développement africain : le continent reçoit des milliards en financement du développement, mais en perd davantage chaque année à cause de problèmes internes — mauvaise gestion fiscale, anomalies structurelles, corruption. Les capacités existent, mais les freins sont aussi à chercher de l'intérieur.
Les intervenants
L'AFRICANA 2024 a réuni des profils de premier plan, alliant expertise institutionnelle, entrepreneuriat et engagement médiatique.
Stanislas ZéZé
CEO et Chairman de Bloomfield Investment Corporation, Stanislas ZéZé est une figure incontournable de la finance africaine. À la tête de la première agence de notation financière panafricaine, il incarne l'ambition d'une évaluation du risque pensée depuis le continent, par le continent.
Sonia Mavouna
CEO d’African Legal Factory, Sonia Mavouna est une figure montante de la legaltech africaine. Avocate d’affaires de formation, elle œuvre à démocratiser l’accès au droit pour les entrepreneurs et startups du continent. À travers African Legal Factory, elle porte l’ambition d’un accompagnement juridique innovant, accessible et adapté aux réalités africaines.
Nadège Tandu
Directrice des Ressources Humaines de l’Union africaine, Nadège Tandu est une référence du leadership RH à l’échelle continentale. À la tête de la gestion des talents de l’institution panafricaine, elle porte l’ambition d’une fonction publique africaine performante, inclusive et tournée vers l’excellence. Son action contribue à attirer, développer et valoriser les compétences qui façonnent l’avenir du continent
Jean Marie Théodat
Professeur et chercheur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Jean-Marie Théodat est une figure reconnue de la géographie et de la géopolitique caribéennes. Spécialiste des dynamiques territoriales, des frontières et des enjeux de développement dans la Caraïbe, il éclaire les mutations politiques et sociales de la région à travers ses travaux de recherche et ses interventions publiques. Son expertise contribue à une meilleure compréhension des défis et des opportunités qui façonnent l’espace caribéen contemporain.
Ibrahim Sylla
Fondateur du Charbonnariat, Ibrahim Sylla est un entrepreneur engagé dans la promotion de solutions innovantes au service du développement durable en Afrique. À travers son initiative, il œuvre à la valorisation des ressources locales et à la transition vers des modèles économiques plus responsables. Son ambition est de concilier impact environnemental, création de valeur et opportunités économiques pour les communautés africaines.
Samuel Ameege
Fondateur de Verskil, Samuel Ameege accompagne les entreprises dans leur transformation et leur développement à l’ère du numérique. À travers son cabinet de conseil, il aide les organisations à concevoir des stratégies digitales innovantes et à renforcer leur visibilité. Son ambition est de faire du digital un levier de croissance durable, de performance et d’impact pour les entrepreneurs et les marques.
Akim Adjibi
Fondateur d’IdeeS, Akim Adjibi est un entrepreneur et acteur de l’innovation engagé dans l’accompagnement des organisations et des talents africains. À travers son initiative, il développe des solutions et des programmes favorisant la créativité, l’entrepreneuriat et l’impact social. Sa vision est de faire émerger des idées porteuses de transformation durable au service du développement du continent
Christiane Kogbi
Journaliste chez Brut Afrique, Christiane Kogbi est une voix engagée du paysage médiatique africain. À travers ses reportages et interviews, elle met en lumière les initiatives, les personnalités et les enjeux qui façonnent le continent. Son travail contribue à raconter une Afrique dynamique, innovante et tournée vers l’avenir, en donnant la parole à celles et ceux qui portent le changement.
Aysé Sissoko
Journaliste chez Brut Afrique, Aysé Sissoko contribue à mettre en lumière les histoires, les talents et les enjeux qui façonnent l’Afrique contemporaine. À travers ses reportages et contenus numériques, elle participe à une information accessible, engagée et tournée vers les nouvelles générations. Son travail valorise les initiatives inspirantes et les dynamiques de transformation à l’œuvre sur le continent.
Mohamed Lamine Diaby
Fondateur de la FEAC (Fédération Estudiantine pour l’Afrique et les Caraïbes), Mohamed Lamine Diaby est un acteur engagé de la jeunesse et de la coopération afro-caribéenne. À travers cette organisation, il œuvre au renforcement des liens entre étudiants, à la promotion de l’excellence académique et au développement d’opportunités de mobilité et de collaboration. Son action contribue à faire émerger une nouvelle génération de leaders conscients des enjeux et du potentiel commun de l’Afrique et de la Caraïbe.
Retour en images
Ce qu'on en retient
L'AFRICANA 2024 a confirmé que les questions de souveraineté économique et financière ne sont pas des débats réservés aux institutions — elles concernent directement la jeunesse, les diasporas et tous ceux qui veulent penser l'Afrique autrement. En posant ces questions dans un amphithéâtre de la Sorbonne, portées par des étudiants et des professionnels engagés, cette édition a prouvé une fois de plus que l'AFRICANA est un es






































